L’euro à l’origine de l’inégalité des revenus

L’euro à l’origine de l’inégalité des revenus
20 janvier 2012 |Philippe Béchade

▪ Notre sentiment que le mois de janvier 2012 ne pouvait s’achever que dans la joie et l’allégresse s’est trouvé pleinement confirmé ce jeudi par une envolée de 1,95% du CAC 40 à 3 328 points. Les valeurs françaises affichent désormais 13% depuis le plancher des 2 941 points du 19 décembre dernier.

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Nombre de gérants affichaient hier soir des mines réjouies, comme des gamins qui viennent d’obtenir un 18 sur 20 à l’épreuve d’économie au baccalauréat, alors qu’ils n’ont révisé qu’un seul chapitre, celui concernant les fondements techniques du quantitative easing.

Eh oui, parfois la chance vous sourit… enfin surtout si vous êtes un banquier. Vos pertes au casino vous sont intégralement remboursées, vos mauvaises notes aux examens de type stress tests sont expédiées aux oubliettes si vous n’obtenez pas la moyenne et l’on vous propose ensuite de ne traiter que des sujets où vous êtes sûrs de faire bonne impression.

Si vous oubliez de prêter de l’argent à vos petits camarades (telle la modique somme de 500 millions d’euros), la banque centrale intervient pour montrer le bon exemple et distribue 500 milliards d’euros (1 000 fois plus) en vous faisant promettre de les restituer dans trois ans.

Mais comme vous connaissez par coeur les bonnes pratiques des banques centrales, vous savez bien que si vous demandez un petit délai supplémentaire de cinq ans ou 10 ans, il vous sera accordé sans discussion.
Il n’y a vraiment que la Grèce pour s’être enferrée aussi bêtement dans le piège de la dette !
Une banque aurait déjà restructuré deux ou trois fois ses émissions obligataires… allongé la période remboursement de 10 à 30 ans (la norme en matière de prêts immobiliers)… racheté ses propres lignes d’emprunts qui décotent de 50% ou plus (afin de faire apparaître une plus-value latente fictive)… avant d’aller parader au Forum de Davos (qui débute ce week-end) et de trinquer au champagne avec ses créanciers.

Forum de Davos : la Chine sera première de la classe, même si elle triche
Il ne faudra pas attendre très longtemps pour que les élites réunies à Davos célèbrent la santé retrouvée de l’économie américaine. Il est fort probable qu’elles affirment aussi leur confiance dans la capacité de la Chine à relancer la croissance mondiale en libéralisant le crédit après une année passée à serrer la vis aux banques — en augmentant les réserves obligatoires et en encadrant les prêts accordés aux promoteurs immobiliers.

Tout le monde semble oublier que Pékin avait agi ainsi par peur de l’inflation et suite au constat de l’explosion du montant des créances douteuses (bulle immobilière, surinvestissement dans les capacités de production).

Ces deux menaces majeures ont-elles été résolues en quelques mois parce que les matières premières (sauf le pétrole) ont subi une décrue ponctuelle ?
S’agissant de l’Europe, l’orchestration de la faillite de la Grèce (sans défaut de paiement) résout-elle le problème des déséquilibres structurels entre le nord et le sud de l’Eurozone ?

Les PIIGS n’ont pas vraiment de solution pour sortir la tête de l’eau
L’Allemagne bénéficie d’une devise trop bon marché compte tenu de la nature des produits industriels qu’elle exporte — essentiellement vers l’Europe désormais. Pendant ce temps, les PIIGS sont étranglés par une monnaie hors de prix lorsqu’il s’agit d’écouler une production à faible valeur ajoutée (l’Allemagne préfère acheter en Asie).
L’euro joue le même rôle au profit de l’Allemagne que le yuan arrimé au dollar pour la Chine.

L’Amérique peut défendre son commerce extérieur en dévaluant le billet vert à force de recours massif à la planche à billets. Mais les PIIGS, eux ne peuvent que procéder à une succession de cures d’austérité que leur impose l’Allemagne et qui les conduit tout droit vers une spirale récessionniste. Cette dernière s’est avérée mortelle pour la Grèce et le devient irréversiblement pour le Portugal… et l’Espagne est déjà la prochaine sur la liste !
Les opérateurs ne voient plus que des bonnes nouvelles. Même les événements les plus prévisibles (comme le succès d’une émission d’OAT française et espagnole ce jeudi matin) deviennent des motifs d’optimisme débridé.

Les chômeurs : les gens à cacher dans les statistiques
S’y est rajouté ce jeudi une baisse inattendue de 50 000 demandeurs d’emplois aux Etats-Unis (à 352 000) à l’issue de la seconde semaine de janvier.
Voilà une performance peu banale, pour ne pas dire inédite, depuis une bonne décennie. Tout le monde se félicite d’un chiffre qui confirme la contraction apparente du chômage en novembre et décembre.

A quoi doit-on ce petit prodige ? La statistique brute ne l’explique pas, mais Wall Street fait comme si les entreprises avaient recommencé à recruter massivement.
C’est très éloigné de la réalité, d’autant plus que le nombre de nouveaux postes à pourvoir dans le secteur privé s’est inscrit en baisse au mois de décembre dernier, tandis que les administrations et les municipalités ont continué de licencier.

Un véritable miracle à la soviétique des années Brejnev. Rappelez-vous, quand l’URSS sombrait dans la récession (toutes les ressources étant mobilisées pour la course à l’armement) mais s’enorgueillissait d’une situation de plein-emploi et d’une hausse admirable du niveau de vie de la population, à faire pâlir de jalousie les citoyens décadents des Etats-Unis.

Nous pourrions ajouter que le plein-emploi à l’allemande est aussi une pure fiction statistique. Le travail à temps partiel et les emplois précaires — avec des rémunérations quasi fictives complétées par de maigres allocations — ont explosé. Mais tous ceux qui touchent un salaire (même inférieur à notre RSA) ne sont pas comptabilisés comme chômeurs, et les femmes au foyer non plus.

Nous assistons partout à une gigantesque entreprise de maquillage de la réalité, afin de masquer à quel point l’euro a pu accroître, en seulement une dizaine d’années, les inégalités de revenus (émergence d’une classe de travailleurs pauvres) et la précarisation de l’emploi.

Aux Etats-Unis, les chômeurs ayant renoncé à trouver un job sont rayés des listings et disparaissent ainsi des statistiques officielles. En Allemagne, ils se voient contraints d’accepter n’importe quel job à temps partiel, ce qui leur procure un revenu qui ne vaut guère mieux qu’une aumône… mais les fait également disparaître du contingent des chômeurs reconnus comme tels.

L’immense avantage est que la majeure partie de la population allemande garde le contact avec le monde du travail — alors qu’aux Etats-Unis, le principal fantasme du dirigeant d’entreprise reste l’usine sans ouvriers, la banque sans guichets.

Ou encore le laboratoire de recherche avec un prix Nobel coordonnant les travaux de centaines de chercheurs basés en Inde qui feront fabriquer leurs dernières trouvailles en Chine… afin de les écouler en masse chez Wal-Mart où les consommateurs pousseront des chariots qui enregistrent automatiquement les articles déposés à l’intérieur.
Fini les files d’attente à la caisse et les centaines de milliers d’agents qui se tenaient derrière. Il ne reste plus qu’à inventer le moyen de leur éviter le chômage de longue durée.
Wall Street : toujours au top (mais sans raison).

Wall Street, qui ne jure que par la hausse de la productivité, a clôturé au plus haut du jour, de la semaine et de l’année 2012… pour la cinquième fois en l’espace de sept séances.
Le Dow Jones n’a pas bondi de +,5% comme l’Euro-Stoxx 50 mais il engrange néanmoins une cinquantaine de précieux points qui lui permettent d’inscrire sa meilleure clôture depuis le 25 juillet 2011.

Le Nasdaq et le S&P alignent 16 séances de hausse sur une série de 20 depuis le 19 décembre dernier. Un rapport hausses/baisses aussi déséquilibré et une hausse aussi régulière qu’irréversible traduit l’action résolue des robots algorithmiques.
La concordance des hausses avec une actualité positive n’est donc que très relative et somme toute secondaire. Ce qui prime, c’est la préservation de la tendance et la maîtrise de la volatilité.

Mission accomplie !

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