Histoire Famille Dionne Antoine et Ivory Catherine (1700-)

 

CabaneBoisRond2009

Antoine Dionne ditSansoucy

Texte tiré de la Collection Nos Ancêtres, par Gérald Lebel, C.Ss. R.

Cet automne-là, une barque traversait le fleuve transportant un petit cadavre. Après la cérémonie des anges, l’abbé Thomas Morel inscrivit dans son registre:
Le vingt huitième novembre 1664 andré Dionne fils d’Antoine Ivory ses père et mère habitant de l’isle agé de trois ans esté entere dans le cimetière de Chateau richer par moy Morel preste du Séminaire de Québec en faisant les fonctions curiales (Registre”1661-1690).
Cet enfant n’était pas né au Canada. Si l’abbé Morel avait inscrit dans l’acte de décès le jour de la naissance d’André, sa paroisse natale, quel service il aurait rendu aux chercheurs d’aujourd’hui! Antoine Dionne et Catherine Ivory arrivèrent donc au Canada vers 1661.

Deux frères Dionne

Deux frères Dionne vinrent en Nouvelle-France: Jean et Antoine. Ils portaient le nom de famille Guyonne et le surnom Sansoucy. Traversèrent-ils l’Atlantique ensemble et en vertu de quel engagement? Impossible de le dire. Nous ignorons même les noms de leurs parents et celui de leur province française d’origine. Guyonne s’est très vite changé en Dionne.
Avant le 14 juillet 1662, Jean obtint concession d’une terre de 2 arpents de front par 63 de profondeur dans l’arrière-fief Charny-Lirec, a l’Ile d’Orléans. Jean avait comme voisins Pierre Chalut et Maurice Crépeau. Le 5 juin 1663, à Beauport, Jean accepte d’être parrain d’Anne Chalut, fille de Pierre et de Marie Bonin. A cette occasion. Anne Fossé, femme de Francois La Raue, l’accompagne comme marraine. De plus, à Québec, le 3 août 1665, Jean est signalé comme parrain de sa nièce Anne Dionne.
Un jour, Jean Dionne-dit-Sansoucy, habitant de Beauport, vendit sa terre acquise en 1662 à Jean LeSueur (Becquet, 7-11-1674). Puis, nous perdons sa trace.

L’ancêtre en recherche

Antoine ne fut pas le type de travailleur entêté qui colle à un lopin de terre sans jamais regarder ailleurs. Sa vie durant, il semble occupé à acheter, à vendre, à échanger et même à déménager (Leon Roy, BRH, v.55. pp. 5360). Il véçut d’abord plusieurs années dans la ferme de son frère, paroisse St-Pierre, I.O. Mais Antoine eut la sienne de 2 arpents de front dès le 2 mars 1665 (Vachon), ferme achetée de Jean Mourier et voisine de celles de René Cosset et de Laurent Benoist.
En 1666, il est recensé comme habitant entre Michel Chartier, faiseur de rets, et René Valet. L’année suivante, Antoine Guyosne, 26 ans, Catherine Ivory, 22 ans possèdent une tête de bétail et 8 arpents en valeur. Ses voisins: Thomas LeSueur et Pierre Chalut. Il cultivait donc la ferme de son frère Jean. Il échangea sa propre terre de 1665 (Auber, 20-9-1669) avec Jean Vallée pour une autre de 3 arpents de largeur, bornée par Jean Guy et Joachim Martin, dans les limites de la future paroisse de Saint-Pierre. Il avait 6 arpents en valeur. C’est là que la famille transporta ses pénates pour y demeurer au moins 6 ans. Cette terre de 3 arpents de largeur, située à la Longue-Pointe, avec maison, grange et étable, il la revendit à Jean Leclerc dit le Bouteleau (Rageot, 10-10-1675). Un jour, ce dernier quitta les lieux pour s’en aller dans la paroisse de St-Francois, I.O., et remit sa terre à Dionne qui la revendra à Jean Guy, son voisin (Vachon,3-11-1679).

Un Chez-soi

C’est le 18 octobre 1675 qu’Antoine achète la terre de Joseph-Ozanni Nadeau-dit-Lavigne, à Ste-Famille, I.O., terre de 3 arpents de largeur, voisine de celles de Jean Moreau et de Philippe Pâquet. En 1681, lors du recensement, c`est bien là que se trouve la famille Dionne avec 3 bêtes à cornes, 25 arpents en valeur et un fusil. Son gendre Bernard Laisné, l’époux de sa fille Anne, vit sous le même toit. Chose encore plus surprenante, ladite terre avait été baillée à son gendre depuis un an (Rageot,1-2-1680). Antoine avait 45 ans. La carte de l’ingénieur Villeneuve dressée en 1689 men tionne cette terre d’Antoine Dionne, à Ste-Famille, entre celles de Nicolas Paquin et de Michel Montambault dit Léveillé. Là se trouve le berceau des Dionne d’Amérique.
En 1702, Antoine possédait une maison de pièces sur pièces de 30 pieds de longueur avec cheminée, un hangar, une étable et 30 arpents de terre en labour. Le cartographe Gédéon Catalogue mentionne en 1709 le propriétaire de cette terre comme étant Antoine Dionne.

De Québec à Lauzon

Les limites de l’Ile d’Orléans ne suffisaient pas à notre ancêtre. Il devint acquereur d’un emplacement de 20 pieds de front sur le fleuve à la basse-ville de Québec (Rageot, 11-2-1678) où il aurait bâti maison au début de 1679. Henri Brau, habitant de la côte de Lauzon, fait un marché avec Antoine Dionne (Rageot, 2-9-1679). Brau lui cédait une habitation de 4 arpents de front sur 40 de profondeur, avec la pêche, en échange de l’emplacement que Dionne possédait à Québec. Antoine aurait exploité sa pêche; car il fait un marché d’anguilles avec Lucien Boutteville, marchand de Québec, auquel Antoine aurait emprunté de l’argent (Rageot, 1, 15-4-1680).
Antoine avait des talents de fermier, de charpentier et même de pêcheur d’anguilles.

Six de douze

Antoine Dionne et Catherine Ivory eurent 12 enfants. Antoine, Marie-Anne, Marguerite et Catherine et une autre Catherine décédèrent en bas age. Cinq filles: Anne, Marie-Madeleine, Marie-Josephte, Marie-Anne et Catherine s’unirent aux familles Laisne-dit-Laliberté, Lenormand, Benoît, Gobeil et Michaud. Un seul garçon perpetua le nom Dionne, ce fut Jean. A 24 ans, le 2 août 1694, il épousait à château-Richer Marie-Charlotte Mignot-dit-Chatillon, fille de Jean et de Louise Cloutier et soeur de Thérèse Mignot, l’épouse de mon ancêtre Nicolas Lebel. Tel père, tel fils. Jean imita son père dès sa jeunesse. Encore mineur, à 15 ans, avant 1685, il obtint une concession dans la paroisse actuelle de St-Jean, I.O. Il la revendit 5 ans plus tard (Vachon, 22-3-1689) a Vincent Chrétien, fils. 18 ans, Jean acheta la ferme de Pierre Boucher, à Ste-Famille (Vachon, 10-3-1687). Quatorze ans après (Jacob, 26-3-1701). Jean vendit son bien à Nicolas Asselin. Dès 1700, son nom apparait dans les limites de la Rivière-Ouelle, côté Est, aujourd’hui Kamouraska (BRH, v.54, p.78).

Don de longévité

Je passe sous silence les démèlés compliqués survenus entre les enfants Dionne au sujet de l’entretien de leurs vieux parents. Tout le monde était pauvre. Les pensions de vieillesse, si bienfaisantes aujourd’hui, n’étaient pas encore inventées.
Catherine Ivory décéda après 1709 puisque nous trouvons son nom cette année-là à l’occasion de la donation du couple Dionne à Barthélemy Gobeil (E. Jacob. 26-3-1709; Frs Genaple, 15-3-1709). Antoine termina ses jours chez son gendre Gobeil, à St-Jean, I.O., où il fut inhumé le jour de Noël 1721. Il avait franchi le cap des 80 ans.
Dans le registre des recettes et dépenses de la paroisse de Sainte-Anne-de-Beaupré, année 1664, nous trouvons une phrase énigmatique: du nommé sans soucy un minot de blé . S’agit-il bien de l’ancêtre Dionne dit Sansoucy qui aurait fait un don à l’église Sainte Anne? . . . A l’époque, ce surnom était aussi porté par son frère Jean et par Gabriel Rouleau.

Comme les étoiles du ciel

Les descendants d’Antoine Dionne ont fourni des sujets brillants dans presque toutes les sphères de la société: brasseurs d’affaires, député, professionnels, etc. Le premier notaire de Ste-Anne-de-la-Pocatière fut Joseph; il reçut sa commmission le 20 février 1743. Narcisse-E. Dionne (1848-1917), médecin, publiciste, laissa son nom à la postérité comme bibliothécaire à la Chambre Législative et biographe.
En plus des prêtres, des religieuses et religieux nombreux à porter avec fierté ce nom, signalons Mgr Gérard Dionne, quatrième évêque d’Edmundston, du 23 novembre 1983 au 20 octobre 1993.
Dans les années 30, un événement extraordinaire défraya les manchette des journaux non seulement du Canada mais du monde entier. Le 28 mai 1934, naissaient à Callander, Ont., les quintuplées Dionne, fille d’Ovila et d’Elzire Legros. De mémoire d’homme, c’était la première fois qu’un quintuple de jumelles identiques comme cinq étoiles nouvelles survivait, grâce à la science moderne et aux soins du médecin A.-R. Defoe. Six jours après leur naissance prématurée, les poupons pesaient ensemble 11 livres. Annette et Cécile Dionne sont toujours vivantes, alors qu’Émilie, Marie et Yvonne sont décédées en 1954, 1970 et 2001. Nous pouvons rendre hommmage ici à leurs parents qui ont tout fait pour les éduquer dans leur langue maternelle et selon les principes de notre sainte religion. Le père des jumelles s’éteignit pieusement à l’hôpital de North Bay, le 15 novembre 1979, un jeudi, à l’âge de 76 ans. Leur mère Elzire Legros décède le 22 novembre 1986 à l’âge de 77 ans.

 

 

 

 

SES ORIGINES EN FRANCE

Né et baptisé en France, vers 1641, possiblement fils de Jean GUYONNE dit SANSSOUCY.
Marié en France, vers 1660, à Catherine YVORY. Selon certaines sources, il aurait épousé Catherine (fille de Jacob IVORY, née en 1644), le 24 février 1660, à Coutran (Laferte-Gaucher, en Champagne, France). Mais selon La Voix des Dionne, vol.13, no 3, Automne.1999, cet acte de mariage n’a pu être confirmé. On sait toutefois qu’il est arrivé en Nouvelle-France, avec sa petite famille, en 1663. Antoine fut inhumé le 25 décembre 1721, à St-Jean, Ile d’Orléans.

Selon certaines découvertes récentes, Antoine DIONNE (GUYONNE)-dit-SANSSOUCY serait originaire de l’ancienne province française du Nivernais, aujourd’hui le département de la Nièvre. On a cru pendant longtemps que le non DIONNE provenait du nom du département de l’Yonne, au nord de la Nièvre, dans l’ancienne province française de Bourgogne, voisine du Nivernais.

 Or le département de l’Yonne n’est ainsi nommé que depuis 1790. Le nom DIONNE proviendrait plutôt de l’ancien nom gaulois “Divona” (ou “Divonna”), dérivé du latin devos (dieu, divin) et du suffixe -onna (source, fontaine), qui désignait d’abord une “source sacrée” ou une “fontaine des dieux”, ensuite une localité située près de cette source ou de cette fontaine. Comme dans le mot latin vivenda devenu “viande” en français, le “v” entre deux voyelles s’est effacé et le “a” final a donné le “e” muet.

Quant au lieu d’origine de Catherine IVORY, selon les recherches menées par l’historien Alfred LEVASSEUR (Bulletin de l’Association Les Dionne d’Amérique, vol.1, no.4,), il pourrait être la Basse-Normandie, particulièrement la région de Saint-Germain-sur-Ay (département de la Manche). Cette hypothèse est appuyée par la société Génétel de Lyon.

En effet, c’est le seul endroit en France où l’on trouve encore des familles IVORY (qu’on écrit maintenant IVOURY) et ceci depuis de nombreuses générations. La paroisse de Saint-Germain existait à l’époque de Guillaume le CONQUERANT et rien ne prouve que les IVORY n’y étaient pas déjà installés. M. IVOURY, maire de la paroisse, croît que ses ancêtres étaient d’origine scandinave, probablement danoise. Or, l’histoire de la France nous apprend que les premiers Normands (“Hommes du Nord”) aussi appelés “VIKINGS” qui venaient des pays scandinaves, organisés en petites bandes, montés sur des flotilles de grandes barques, débarquèrent à l’entrée des principaux fleuves du royaume franc.

Le hâvre natural de Saint-Germain, à l’embouchure de la rivière d’Ay, n’a certainement pas échappé à leurs convoitises. En 911, Charles III abandonna à leur chef, ROLLON, le pays actuellement connu sous le nom de Normandie, et d’où les Normands, au XIe siècle, partirent à la conquête de l’Angleterre avec, à leur tête, Guillaume le Conquérant. Pendant les siècles qui suivirent, la Normandie, devenue fief anglais, entretint des rapports très étroits avec l’Angleterre.

C’est ce qui expliquerait, sans doute, l’orthographe anglaise du nom IVORY. Saint-Germain-sur-Ay tire d’ailleurs son nom d’un évêque d’origine irlandaise, considéré comme l’un des apôtres les plus célèbres de cette partie de la Normandie qu’on appelle le Cotentin. On trouve encore, de nos jours, des IVORY en Angleterre et en Irlande, tel le célèbre cinéaste James IVORY. Enfin , il est fort probable que le patronyme AVERY qu’on rencontre ici au Québec soit une variation du mot IVORY. Si le port de Saint-Germain a reçu, pendant longtemps, de nombreux navires commerçant avec l’Angleterre, il a aussi entretenu, à l’époque de nos ancêtres, un lien maritime avec La Rochelle, principal port d’embarquement pour la Nouvelle-France.

Il n’est pas impossible qu’Antoine DIONNE ait fait la connaissance de Catherine IVORY dans un ou l’autre de ces ports. Même si on n’a pas encore retracé leur acte de mariage, ils auraient, selon toute vraisemblance, convolé en justes noces en 1660, l’année du mariage… du roi Louis XIV! En ce qui concerne le patronyme des familles IVORY lui-même, si l’on en croît M. Alfred LEVASSEUR, il remonte très loin dans l’histoire de l’Europe.

En Angleterre, le nom originerait du nom d’un prince dénommée IVOR qui, selon les chroniques des princes de Wales, en 682, serait le fils de Alan King of Armorica, dans le volume Monumenta Historica Britannica. Et selon le Dictionary of Brithish Surnames ainsi que le Dictionary of English and Welsh Surnames, le nom IVORY origine du nom danois IVOR avant l’an mille. Dans le Domesday Book de l’an 1086, on y retrouve le nom sous différents orthographes, un Roger de LURI, de LUERI, IVERY, IVORY en 1086, un John de IVORY en 1077, un Thomas son of IVORIE en 1332.. etc. Alors, les migrations des Saxons, des Angles et des Jutes ont apporté avec eux du Danemark le nom d’IVOR, vers l’Angleterre, pour ensuite prendre la forme d’IVORY jusqu’à nos jours.

SA VIE EN NOUVELLE-FRANCE

C’est au cours de l’été 1663 qu’Antoine DIONNE-dit-Sanssoucy, sa femme Catherine et leur fils de 2 ans prénommé André, s’embarquent pour la Nouvelle-France, sans doute à bord de l’un de ces cinq navires qui accostèrent à Québec cette année-là, soit le “Phénix de Flessingue”, le 30 juin, “Le Taureau”, après le 24 juillet, un vaisseau de Normandie, le 30 juillet, et deux navires du Roy, “L’Aigle d’Or” et “Le Jardin de Hollande”, le 22 septembre. (cf. Langlois, M., “Liste des navires venus en Nouvelle-France, de 1657 à 1665”, L’Ancêtre, vol. 3, no 3, p. 3).

Bien que ces cinq navires transportaient tous des engagés pour la Nouvelle-France, nos ancêtres ont pu faire la traversée à bord de l’un des deux derniers. Ce sont en effet les vaisseaux du Roy qui, à cause de leur fort tonnage, transportaient la plupart des immigrants. La date d’arrivée de ces bateaux serait par ailleurs la plus rapprochée de celle du 22 novembre. On sait que l’ancêtre Antoine DIONNE était déjà présent sur l’Ile d’Orléans le ou avant le 22 novembre 1663 (cf. Bulletin de l’Association Les Dionne d’Amérique, vol.1, no 2, pp 12-15).

En arrivant au pays, Antoine avait donc choisi d’établir sa famille sur l’Ile d’Orléans. Il est alors agé de 22 ans, alors que Catherine n’a que 18 ans. Quand ils débarquent sur l’Ile d’Orléans en 1663, Antoine DIONNE-dit-SANSSOUCY, sa femme Catherine et leur fils André s’installent sur la ferme de Jean, celui qu’on a toujours identifié comme le “frère présumé” d’Antoine et qu’on disait célibataire. Mais, selon une hypothèse récente, il se pourrait bien que ce dénommé “Jean” soit en réalité son “père”.

Un document daté du 21 octobre 1668 et découvert par M. Alfred LEVASSEUR tend à le laisser croire (cf. Levasseur, A., “Jean DIONNE (1er) était-il le père d’Antoine Dionne?”, Bulletin de l’Association Les Dionne d’Amérique, vol. 4, no 1, printemps ’90, p. 17). Nous ne partageons toutefois pas cet avis puisque, selon nous, le SANSSOUCY dont il est question dans le document réfère plutôt au “père d’Antoine” et non à son “présumé frère” dénommé Jean. Ce Jean DIONNE aurait précédé d’au moins une année la famille d’Antoine en Nouvelle-France. C’est en effet au cours de l’été 1662, fort probablement entre le 5 juin et le 4 juillet, que Jean DIONNE-dit-SANSSOUCY arrive à Québec à bord de l’un de ces six navires en provenance de la Rochelle et de Normandie: “L’Aigle-Blanc”, “Le Petit St-Jean”, “Le Saint-Pierre”, “Les Armes-de-Zélande”, “Le St-Jean-Baptiste de Flessingue” ou sur un autre navire non identifié de La Rochelle.

En 1664, un an seulement après s’être installés sur la terre de Jean, Antoine DIONNE et Catherine IVORY perdent leur plus jeune fils, André; celui-ci est sans doute décédé des suites de la malnutrition occasionnée par la famine qui avait sévi en France ou des conditions insalubres dans lesquelles il se trouvait.

Faute de prêtre disponible dans l’Ile, c’est à l’église la plus proche, soit celle de Chateau-Richer, en face de l’Ile, qu’ont eu lieu ses funérailles (hymne des anges). C’est aussi dans le cimetière de Chateau-Richer qu’il sera inhumé le 28 novembre 1664. Huit mois après la mort de leur fils ainé, le 27 juillet 1665, Antoine DIONNE et Catherine IVORY ont une première fille qu’ils prénommeront Anne. Comme il n’y a pas encore d’église sur l’ile d’Orléans, elle sera baptisée dans la paroisse de Notre-Dame de Québec, le 3 août suivant.

Antoine DIONNE n’a rien du travailleur entêté qui colle à son lopin de terre sans jamais regarder ailleurs; toute sa vie, Antoine semble au contraire occupé à acheter, à vendre ou à échanger ses terres (LEBEL, G., Nos ancêtres, vol.1, Sainte-Anne-de-Beaupré, 1981, p.42). Ainsi, le 2 mars 1665, deux ans à peine après son arrivée en Nouvelle-France, Antoine achète de Jean MOURIER (dit Père Véron) une terre large de 2 arpents située dans les limites de ce que deviendra en 1679 la paroisse de Saint-Pierre.

Elle voisine au nord-est la terre de René COSSET-dit-le-POITEVIN et au sud-ouest celle de Laurent BENOIST. Jean MOURIER l’avait obtenue par acte de concession de Charles de LAUSON de CHARNY-LIREC, le 12 décembre 1663 (gr. Vachon). Il semble cependant que la famille DIONNE ne se soit jamais vraiment établie sur cette terre mais s’en serait plutôt servi comme champs de pâturage. Aujourd’hui, elle est la propriété de M. Rosaire MARANDA au 1616, Chemin-Royal, à Saint-Pierre.

LES DERNIERS JOURS D’ANTOINE

L’épouse d’Antoine, Catherine IVORY, est décédée la première puisque l’acte de sépulture d’Antoine, dans les registres de la paroisse de Saint-Jean (I.O.) mentionne qu’il était veuf au moment de son décès. Catherine mourut certainement après 1709 puisque, cette année-là, nous retrouvons son nom dans l’acte de donation du couple DIONNE à Barthelemy GOBEIL (15 et 26 mars 1709). Quelques mois avant son décès, le 18 mars 1721, une première ordonnance de l’Intendant condamnait Jean DIONNE (GUYONNE)-dit-SANSSOUCY, habitant de Kamouraska, à nourrir et à entretenir son père Antoine, sa vie durant…

Mais le 3 août 1721, une nouvelle ordonnance de l’Intendant condamnait Pierre ABEL-dit-BENOIST (1671-1735), habitant de Deschambault, à recevoir dans sa maison Antoine DIONNE, son beau-père, à le nourrir et à l’entretenir, sa vie durant… Son autre gendre, Barthelemy GOBEIL (1668-1724), habitant de Saint-Jean, devait contribuer pour la moitié des dépenses. C’est probablement là, chez sa fille Anne et son gendre Barthelemy GOBEIL, qu’Antoine DIONNE-dit-SANSSOUCY décéda, puisque c’est à Saint-Jean qu’il fut inhumé le jour de Noël 1721.

Dans La Voix des Dionne, Vol.5, No.3, Hiver 1992, l’historien Raymond Dionne fait état d’une découverte toute récente. Antoine DIONNE aurait séjourné à Montréal, en 1680-81, moins de 40 ans après sa fondation! Il y a là de quoi s’étonner puisque le recensement de 1681 le situait en même temps à Ste-Famille (I.O.) et à Lachine. Décidément, Antoine était un grand voyageur. Ecoutons M. Dionne:

On a déjà dit qu’il avait la bougeotte et qu’il ne restait jamais en place. Etait-ce pour des raisons économiques ou par goût de l’aventure ? Toujours est-il qu’après avoir temporairement confié sa terre de Ste-Famille, Ile d’Orléans, à son gendre Bernard LAÎNE, époux d’Anne DIONNE, lesquels devaient prendre soin de son épouse, Catherine IVORY, et de ses cinq enfants mineurs (Jeanne, 12 ans, Marie, 10 ans, Anne 8 ans, Marie, 5 ans, et Catherine, 5 mois), il alla offrir ses services, en novembre 1680, à Jean-Baptiste MIGEON, sieur de BRANSSAT, l’un des notables les plus influents de Montréal. Ancien commis de la Compagnie des Indes occidentales, procureur fiscal de la seigneurie de Montréal, ce dernier, qui portait aussi les titres de licencié en lois et d’avocat en parlement, remplissait, depuis 1677, la charge de juge civil et criminel au baillage de Montréal.

Il s’occupait aussi de traite des fourrures et de transactions immobilières. Ses principaux immeubles étaient situés en plein centre du Vieux-Montréal, à l’angle des rues actuelles Saint-Sulpice et Saint-Paul, tout près de la Place-Royale et de la Pointe-à-Callière….

Je n’ai pu trouver de contrat d’engagement ni de marché de construction, mais l’acte passé devant le notaire Claude Maugue, en date du 17 avril 1681, nous apprend qu’Antoine avait été engagé pour une période d’un an avec un salaire de soixante écus, soit quinze livres par mois.. Pour des raisons qu’on ignore, Antoine n’a pas respecté son engagement: il abandonna son emploi après cinq mois de travail.

Antoine est peu pressé de rentrer à la maison Avant de quitter le service du sieur de Branssat, Antoine décide de vendre, le 1er juin 1681, devant le notaire Claude Maugue, une terre qu’il possédait dans la seigneurie de Lauzon, à Denys GUYON, de Québec; cette vente sera ratifiée, le 14 août, devant le notaire Pierre Duquet, de Québec, par son épouse, Catherine IVORY… Pourquoi un tel besoin d’argent, alors que son employeur lui avait déjà versé de bonnes gages ? En a-t-il envoyé un certain montant à sa famille, demeurée à l’île d’Orléans ?

En tout cas, il n’était pas pressé de rentrer à la maison, puisque dans la même année on le retrouve au fort Rolland, à Lachine, poste de traite de fourrures et d’eau-de-vie, et point de départ des voyageurs et coureurs des bois pour la grande aventure en territoire indien. La suite et les détails du séjour d’Antoine DIONNE, à Lachine, comme domestique au fort Rolland et chez le chapelier Jean GUENET, nous est rapporté dans La Voix des Dionne, no 1, vol. 6, Printemps 1992. C’est une lecture que nous suggérons fortement au lecteur pour en apprendre davantage sur la personnalité forte et complexe de notre ancêtre Antoine DIONNE , à la fois bon travailleur, très entreprenant, et aventurier !

 

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