Histoire de Sœur Emmanuelle (1909-2008)

 

Histoire de Sœur Emmanuelle, Décédée le 20 octobre 2008

 

Histoire de Sœur Emmanuelle, décédée le 20 octobre 2008

“Je voulais devenir une sainte. Eh bien, c’est loupé !”

Madeleine Cinquin (celle qui va devenir Sœur Emmanuelle) a dix ans lorsqu’elle annonce triomphalement à la table familiale : “Moi, je vais devenir religieuse, missionnaire et martyre” ! Et quatre-vingts ans plus tard, elle assure que “c’est loupé”, prolongeant sa vision d’enfant des années 1900 pour lequel le saint est celui qui se fait couper en rondelles au cours d’une de ses missions d’évangélisation ou bien qui meurt jeune en contemplation de Dieu dans un ordre cloîtré.
Sainte ? Laissons à Dieu la réponse. Religieuse et missionnaire, elle l’est en tout cas devenue.

“Celui qui vit avec Dieu n’est jamais désespéré.”

Sœur Emmanuelle répétait souvent cette phrase. Sans doute l’avait-elle toujours non seulement dite mais aussi vécue, depuis sa petite enfance, lorsqu’elle voit à six ans son père se noyer sous ses yeux au cours d’une baignade dans la mer du nord.
Elle l’a éprouvée ensuite en préférant à dix-huit ans la vie religieuse au mariage. “Moi, je n’aurais jamais pu tenir si longtemps avec un seul homme. J’ai très bien senti qu’aucun homme ne pourrait satisfaire mon cœur“.

De la religieuse à la missionnaire

La religieuse

Dès le début, Sœur Emmanuelle rêve de se consacrer aux pauvres. Son premier poste ? Un rôle d’institutrice à Istanbul, dans une école primaire gratuite pour enfants pauvres. Elle y travaille de 1931 à 1955, mais en continuant à souhaiter partir vivre totalement au milieu des pauvres.

En 1955, sa demande est rejetée, on l’envoie enseigner en Tunisie, puis à Alexandrie à partir de 1963. C’est là qu’elle obtient de ne pas dormir le soir au couvent mais dans une petite pièce au cœur du quartier pauvre dont elle éduque les enfants.

La missionnaire

“Je n’ai jamais voulu convertir personne. Parce que je sais que, selon l’endroit de la terre où l’on naît, selon la couleur de sa peau, ses conditions de vie, son sexe, etc., on n’adore pas Dieu de la même manière”, dit Sœur Emmanuelle.

Mais elle ajoute : “En apprenant aux hommes à s’aimer, je les mets au cœur du christianisme” et elle veut que sa foi se lise à travers ses actes.

Les chiffonniers du Caire

Pour Sœur Emmanuelle, “le temps du plus grand amour“, c’est celui qu’elle a passé auprès des chiffonniers du Caire, misérables parmi les misérables, vivant à même les ordures déversées par la ville. C’est aussi ce que le grand public a le plus souvent retenu de son action.

Rappelons qu’elle s’y est engagée non pas à vingt ou trente ans, avec toutes les forces de la jeunesse, mais à soixante-deux ans. Ce qui met à mal l’idée aberrante mais de plus en plus fréquente dans nos pays riches que l’on a “fini” sa vie à cinquante ans, qu’on n’est plus bon à partir de cet âge-là (hommes politiques exceptés…) qu’à attendre sa pré-retraite puis sa retraite sans faire de vagues.

Dieu sait qu’elle en a fait des vagues, Sœur Emmanuelle, pour venir en aide à ces déshérités ! Déjà en vivant au milieu d’eux, ce qui scandalisait les nantis. Ensuite en créant des équipes de foot associant chrétiens et musulmans, tous habitant le bidonville, séparés par leur religion mais réunis grâce au sport… et par l’amour de Sœur Emmanuelle.

Mais surtout en créant ce qui allait être le germe d’une évolution profonde du bidonville : scolariser les enfants. “Aider un petit d’homme à faire des études, c’est lui donner la chance de sa vie. Quelle merveille !” Donner un métier aux femmes, éduquer les enfants, les aimer tous et les faire grandir déjà simplement dans son regard, voici les fondements.

Et jusqu’en 1993, date à laquelle sa congrégation religieuse lui donne l’ordre de se retirer dans son foyer de religieuses âgées à Callian en France (elle a alors quatre-vingt-cinq ans !), elle va se battre pour améliorer leur vie, leur rendre leur dignité et l’estime d’eux-mêmes.

Pour aller plus loin…

Pour continuer à votre tour le chemin de Sœur Emmanuelle, vous pouvez aider son association Asmae-Association Sœur Emmanuelle (www.asmae.fr), chargée de poursuivre son œuvre humanitaire en France et dans les pays du Sud.

Signalons aussi qu’un recueil de citations a été publié par Les Éditions du Huitième Jour, que la vie de Sœur Emmanuelle a été publiée, racontée par elle-même dans “Confessions d’une religieuse“, aux Éditions Flammarion/J’ai lu et que les droits d’auteur sont à chaque fois reversés à l’association.

Et concluons avec sa parole : “Il n’y a pas d’hommes perdus, de destins scellés. La rédemption est toujours possible“.

Marie-Odile Mergnac